Pour nourrir la population mondiale croissante tout en respectant notre planète, des chercheurs proposent une diète centrée sur des aliments d'origine végétale peu transformés et une consommation modérée de produits animaux. D'après leur étude publiée le 2 octobre, cette approche alimentaire pourrait prévenir environ 15 millions de décès chaque année.
La population mondiale continue de croître, passant de 1,7 milliard en 1900 à 8,2 milliards aujourd'hui. Parallèlement, la menace du réchauffement climatique s'intensifie et nos ressources naturelles s'épuisent. "Bien que le monde puisse produire suffisamment de calories pour tous, près de 3,7 milliards de personnes n'ont pas accès à une alimentation saine, des salaires décents ou un environnement propre," alertent les chercheurs dans leur rapport publié dans The Lancet.
Réduire les maladies chroniques par une alimentation équilibrée
Le rapport préconise une évolution des systèmes alimentaires qui pourrait réduire de manière significative les maladies chroniques liées à une mauvaise alimentation, comme les maladies cardiaques, le diabète et certains cancers. Selon la Commission EAT-Lancet, il est essentiel d'intégrer :
- 150 g de céréales complètes par jour
- 500 g de fruits et légumes quotidiens
- 25 g de noix par jour
- 75 g de légumineuses chaque jour
Les conseils incluent également une consommation modérée de viande rouge (200 g maximum par semaine) et de volaille (400 g). Les œufs et le poisson peuvent être consommés en quantité raisonnable, respectivement jusqu'à 700 g et quatre unités par semaine, tandis que les produits laitiers ne devraient pas dépasser 500 g par jour.
Vers un régime alimentaire plus durable
Les experts insistent sur l'importance d'éviter les produits transformés pour réduire l'apport en sucres ajoutés, en graisses saturées et en sel. En effet, le régime occidental est souvent lié à une augmentation des risques de diverses maladies. En adoptant un régime durable, on peut espérer une diminution de 27 % du risque de décès précoce et une réduction de 15 % des émissions mondiales de CO2, car le secteur agro-alimentaire représente environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre.
Walter C. Willett, l'un des coprésidents de la Commission, souligne que le régime de santé planétaire n'est pas une approche uniforme. Il prend en compte la diversité culturelle et les préférences personnelles tout en offrant des directives claires pour atteindre une meilleure santé et durabilité à travers le monde.
S'attaquer aux inégalités dans l'accès à la nourriture
Changer d'alimentation ne suffit cependant pas. Les experts réclament également une lutte contre le gaspillage alimentaire en améliorant l'efficacité de la chaîne d'approvisionnement. Ils appellent à encourager des pratiques agricoles durables, à preserver la biodiversité et à garantir des rémunérations justes pour les travailleurs du secteur alimentaire.
Il est également crucial de s'attaquer aux disparités environnementales liées à l'alimentation. Les 30 % des plus riches sont responsables de 70 % des pressions environnementales causées par l'alimentation. Près de la moitié de la population mondiale se retrouve sans accès à une alimentation saine et abordable.
En se fondant sur ces constats, la Commission appelle à des politiques ciblées pour garantir un accès à des aliments nutritifs tout en assurant des revenus équitables. "L'équité et la justice sont des conditions préalables à des systèmes alimentaires résilients et durables. Sans s'attaquer aux inégalités ancrées dans les systèmes alimentaires, aucune transformation durable ne sera possible," conclut Christina Hicks, l'un des auteurs du rapport.
Lors du congrès Nutrition 2024 à Chicago, des scientifiques mettaient déjà en avant les bénéfices du régime planétaire pour un vieillissement plus sain. Il devient donc impératif d'éduquer le grand public sur les bienfaits des protéines végétales, notamment alors que de nombreux adultes pensent encore que la consommation de viande est indispensable pour une suffisance protéique.
Roxanne Becker, chercheuse américaine, souligne que des études montrent que les protéines végétales sont tout aussi efficaces que les protéines animales pour développer la masse musculaire, tout en étant plus riches en nutriments et en fibres.







