Le voyage du hareng
Tout commence avec une simple étincelle, souvent un livre. Dans ce cas, Le Hareng de nos mers de Jacky Durand, chroniqueur à Libération, m'a propulsé dans un train régional. Pas d'illustrations superflues, juste quelques dessins de Charlotte Jankowski, et me voilà en route. On découvre bien plus avec des voyages en douceur.
L'horizon s'étend paisiblement, laissant place à des lumières laiteuses. À Boulogne-sur-Mer, l'air frais est un régal, tout comme les chambres douillettes de l'Hôtel de la Matelote, avec son sauna et ses moquettes épaisses. L'occasion idéale pour déguster du hareng au restaurant Le Châtillon (6, rue Charles-Tellier). Dès 4 heures du matin, ce lieu est animé : casse-dalles, hareng à la boulonnaise, et raie au beurre noir sont au rendez-vous, bien que l'après-midi, la porte soit restée ouverte sur une ambiance feutrée et chaleureuse.
Un autre incontournable est La Matelote (03 21 30 17 97), une véritable table de notables où la patronne s'active en cuisine. La carte propose des plats travaillés, mais parfois influencés par des tendances extérieures. Par exemple, le risotto aux calamars est une association douteuse, tandis que le cabillaud agrémenté d'une purée de citron remporte un succès éclatant. La mention dans le GaultMillau sur les desserts « un peu trop à l'ancienne » laissait espérer de belles surprises. Malheureusement, le pâtissier, dans un élan de modernité, a choisi d'incorporer de la fraise Tagada à ses créations, trahissant ainsi l'héritage des vrais desserts.
Il est triste de voir des saveurs caricaturales, autrefois adorées à Paris, s'étendre dans les régions comme une fugue inopinée. Néanmoins, l'atmosphère de La Matelote reste agréable, avec des rires de familles autour des tables, des touristes anglais tentant de prononcer les noms des grands crus, et un célibataire, un verre de Bordeaux à la main, se laissant aller à la mélancolie.







